FigureS

Chroniques des mondes incertains #36

Portrait légendaires – Du mythe à la réalité

Conception /direction artistique Philippe Boronad

Création 2022
 

TOUT PUBLIC

CRÉATION PARTICIPATIVE

Conception / direction artistique : Philippe Boronad

SOUTIENS

DRAC PACA - Ministère de la Culture

Rouvrir le Monde, un dispositif de la DRAC PACA dans le cadre de l’été culturel 2022 mis en place par le Ministère de la Culture.

Région Sud Provence-Alpes-Côte-d'Azur

Département du Var

Métropole Toulon Provence Méditerranée

Ville de Toulon

Ville de Hyères

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS 

Du 3 juillet au 17 septembre 2022 : Résidence de création en territoire, Ville de Hyères

Les Nocturnes contés

Performance participative. Maximum 10 spectateurs.

Les Nocturnes contés, épisode #1

12 juillet, 21h

Plage de L'Ayguade

Les Nocturnes contés, épisode #2

19 juillet, 21h

Plage de L'Ayguade

Les Nocturnes contés, épisode #3

26 juillet, 21h

Plage de L'Ayguade

Les Nocturnes contés, épisode #4

2 août, 21h

Plage de L'Ayguade

Les Nocturnes contés, épisode #5

9 août, 21h

Plage de L'Ayguade

Les Nocturnes contés, épisode #6

16 août, 21h

Plage de L'Ayguade

FigureS

Chroniques des mondes incertains #36

Performance et installation

Samedi 17 septembre, 10h

Grand Auditorium, Médiathèque de Hyères

 

« Chroniques des Mondes Incertains

est

L’écriture d’une œuvre protéiforme, performative et fragmentaire,

Le récit testimonial d’une expérimentation transcendantale menée sur trente ans,

La création d’une technique d’intensification des énergies vitales et ses corolaires,

Une aventure multiple partagée avec des compagnons de voyage,

L’atteinte de la lévitation en tant que performance formelle,

Un pas de deux entre sagesse et folie,

An amused attempt to crack the code of Reality... »

UN NOUVEAU CONCEPT NARRATIF - LA NOTION DE "SÉRIE"

 

Chroniques des mondes incertains propose un nouveau concept narratif : un recueil d’œuvres-fragments composant un type de récit inédit.

Se déployant à moyen et long termes, la narration se définit à travers la notion de « série » dont chaque performance devient un épisode unique et inédit.

 

« Série » s’entend à la fois :

  • Comme relevant de la notion propre à l’œuvre plastique : un ensemble ordonné d'œuvres régies par un thème et/ou une démarche plastique.

  • Comme se référant à la notion propre à la production télévisuelle : une œuvre de fiction qui se déroule en épisodes à travers lesquels l’histoire, les personnages ou le thème font liaison.

FIGURES - PRINCIPES DE CRÉATION

Œuvre performative comprenant des performeurs relevant de plusieurs disciplines (théâtre / musique / arts plastiques) dont 1 auteur, FigureS est une création chorale participative et pluridisciplinaire, explorant comment mythe et réalité se tissent entre œuvre de mémoire et fictionnalisation. Composée comme un chœur de voix à travers lequel la narration est portée à la fois par des personnages emblématiques issus d’un territoire (ses acteurs majeurs) et des habitants au sens large (ses narrateurs), FigureS raconte comment se construit une histoire collective - les chroniques d'un territoire - au travers de trajectoires de vie individuelle.

FigureS intègre dans son dispositif une dimension de co-création inclusive et participative avec les habitants, ceux-ci étant tour à tour sujets et acteurs du projet de création.

Les rendus des ateliers conduits tout au long de la résidence sont pour partie intégrés à la création (production d’écrits, de photos et vidéos, pratique théâtrale), incluant à l'œuvre la participation directe des habitants à travers la pratique artistique co-construite.

 

FigureS s’intègre au cycle de recherche et de création Chroniques des mondes incertains.

Téléchargez le dossier artistique

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CHANTIER DE CRÉATION ÉPISODE 1 - LA PORTEUSE D'HISTOIRE

Extraits

Ici est ma maison.

La maison enfin gagnée, regagnée, après de multiples vies vécues hors de son monde propre.

Aquatique, elle contemple la mer rouler à ses fenêtres les jours de vent d’Est. Les cris aigus des goélands l’accompagnent en hiver, l’éclat de leurs silhouettes plongeant dans le sillage du soir.

Ici est ma maison, pour ce pin centenaire qui, sur le front de mer, redevient chaque été un nuage vivant, bruissant et agité d’oiseaux en perpétuel mouvement.

Ici est ma maison, voisine du Pêcheur dont les filets sèchent en sentant le large tandis qu’un canapé élimé offre une couche sous les étoiles, la tête vers le levant.

Ici est ma maison, pour les êtres que je croise autour de son cœur battant, ceux qui savent essuyer les chagrins de la vie d’un geste de bonhommie joyeuse et accrochent à leur salut un sourire où crépite une bienveillance complice - merci à eux.

Ici est la maison qui me donne le sentiment d’être rentrée au port.

Elle ne pouvait se tenir qu’ici, à l’extrême limite entre terre et mer, une maison sur la terre ferme offerte à tous les voyages, une maison hésitant encore à devenir bateau.

 Je suis la porteuse d’histoire.

Et mon port est L’Ayguade.

En guise d'accueil, L’Ayguade m'a tendu les bras sablonneux de ses berges et de ses rivages. Ma vie s'est tissée avec celles de ce village, elle a pénétré la composition secrète de son alchimie. Ma voix ont rejoint le chœur de voix qui forme la sienne et ma silhouette s'est dessinée dans son paysage.

Ici je croise chaque jour de hautes figures qui, d’un regard, déploient autour d’elles leur mythologie anonyme.

Héros mythiques et méconnus.

Ce sont les Figures de ce pays.

Hautes en couleurs, rayonnant d’une humanité qui m’émeut.

Ici je dis leur histoire qui est celle de cette terre.

CHANTIER DE CRÉATION ÉPISODE 2 - L'HOMME DE BIEN

Extraits

Je suis né Claude et je suis devenu Tony.

J’ai eu plusieurs noms et j’ai épousé plusieurs vies.

Chacune de ces vies est fruit d’un désir. Une rencontre. Une fuite en avant irrésistible comme un éclat de rire. J’ai grandi dans un pays rude, dont le nom sonne âpre. La Creuse. Un pays de tailleurs de pierre, de tisserands et de paysans. En hiver on y fabrique à la main, dans la froidure des granges, les pavés de Paris et les blocs de granit qui ont fait les glorieux monuments de la capitale. Enfant, ma première vie s’est nichée au cœur d’une ferme où j’avais été placé. J’y participais aux travaux des champs, autant qu’on peut le faire à sept ans. Enfant-roi des collines, je braconnais le petit gibier, pêchais la truite en remontant les cours d’eau, étirais ma liberté espiègle le long des sentes. Adolescent, je suis devenu carreleur mosaïste. J’embrassais l’apprentissage. Ma deuxième vie s’ouvrait par une première rencontre : un patron qui, par chance, se révéla un maître. Il m’enseigna la rigueur, la bienveillance et le courage. Le travail était rude, façonné par la terre et le climat, mais je n’avais pas à me plaindre plus qu’un autre.

Pourtant, je me suis échappé. À vingt ans, je découvrais la Méditerranée. La pureté de son horizon ouvrit en moi une ligne de faille que rien ne pouvait plus combler. La violente lumière du Sud s’y est engouffrée pour y rester.

De retour dans mes montagnes, je ne pouvais plus supporter leur ciel bas. J’étouffais sous l’opacité des plafond nuageux qui pour la première fois emprisonnaient ma vie sous leur couvercle tandis que mon corps vibrait de l’impatience des départs. Les chaleurs azuréennes résonnaient dans ma tête du craquement des pins. Depuis mes escarpements, j’entendais, loin au Sud, les stridulements des cigales et les cris du monde.

Je suis parti. 

Je suis arrivé.

Je suis un homme heureux.

CHANTIER DE CRÉATION ÉPISODE 3 - LE ROI PÊCHEUR

Extraits

Je porte en moi Louis le patriarche. Mon grand-père, Loulou. Haute figure de cette Provence. Pour mes oreilles d’enfant, sa voix était assortie d’une vibration puissante. Elle charriait le roulis des rocailles et le courant des ruisseaux, la force de son flux tout amplifiée par l’accentuation provençale. Agriculteur, chasseur, heureux propriétaire du seul cheval de labour du village, Louis aimait et respectait Dieu, la Nature, son épouse Louise, les deux fils qu’elle lui avait donnés et cette terre, l’Ayguade, à l’époque où l’Ayguade se résumait à des champs en culture, un chenal portuaire et une place de terre ouvrant sur la mer. Dans les gestes de mon grand-père, précis, lents et réfléchis, se lisait une sagesse enseignée par les leçons du climat et l’âpreté de la terre. Ses mains ridées, brunes et calleuses racontaient pour moi l’histoire de l’agriculture, l’éternel recommencement de ses cycles - labour, semis, irrigation, récolte – et cet équilibre précaire dans lequel on ne reçoit jamais que les fruits d’un labeur acharné. Lorsque la canicule, la sécheresse ou les intempéries frappaient les semences, Louis secouait la tête, s’acharnait à sauver ce qui pouvait l’être et, pour le reste, s’en remettait à Dieu...

CHANTIER DE CRÉATION ÉPISODE 4 - LA MARQUISE

Extraits

La Marquise est une femme du peuple. Qu’importe si j’aime fumer le cigare et conduire une décapotable ! Qui a dit qu’une femme du peuple devait aller à pied ? Qui a dit qu’elle devait porter un corset, même fervente catholique et corsetière de son état ? Qui a dit qu’elle devait alourdir ses tempes du poids d’un chignon affligeant ? En 1908, j’ai exigé un contrat de mariage uniquement pour voir écrit noir sur blanc mon droit à couper mes cheveux si cela me chantait. De toute façon, je fais toujours ce qu’il me chante. Du moins l’ai-je sûrement fait, une fois oublié ce premier mariage. À 17 ans, je ne voulais pas me marier mais je ne suis pas stupide. J’ai toujours su voir ma ligne de chance là où elle se profilait. C’est ainsi. Plus tard, les journalistes s’étonneraient de cette chance incroyable qui allait bénir ma vie. Merci, mon Dieu. Mais moi, je dis que la chance se présente à tous de la même manière. Dieu ne fait pas de différence entre ses enfants, il ne réserve pas la chance à certains plus qu’à d’autres. C’est nous seuls qui faisons toujours toute la différence. On voit la chance qui passe et on est assez hardi pour la suivre, ou trop timoré ou paresseux pour lui courir après...

Née Albertine Louise Paviot, le 12 février 1891, à Lyon, je suis immortalisée à L’Ayguade, Hyères, Place de la Marquise, sous les traits d’une statue à mon effigie.

La Marquise. Une femme du peuple.

Mais en 1920, l’histoire ne fait que commencer.

CHANTIER DE CRÉATION ÉPISODE 5 - LA REBELLE

Extraits

Ma grand-mère était une femme de paradoxe. Une féministe qui serait née garçon si elle avait pu choisir et préférait naturellement les petits-fils aux petites-filles. Éprise de liberté, elle pouvait être despotique. Elle régnait sur sa famille comme elle régissait sa fortune. Enfants, petits-enfants, arrières petits-enfants, nous étions part de ses affaires. Elle aimait, elle tempêtait, elle riait, elle dirigeait. Sa force de vie était tellement puissante qu’elle nous emportait tous. Dans son sillage, on tanguait comme sur une mer trop grosse. La quille toujours penchait de son côté. Son assurance et sa puissance nous déséquilibraient. Auprès d’elle, on était gauche et désorienté, on perdait ses repères, on ne se savait plus où poser ses mains et ses pieds. De cette perpétuelle instabilité, le mal au cœur menaçait. Aussi la craignait-on plus qu’on ne lui était attaché. Était-ce ce qu’Albertine méritait ?

Pour rire, pour me rassurer et peut-être pour la défier, je l’appelais Mémé La Paille à cause du contenu des matelas sur lesquels je dormais durant mes vacances. Je déguisais mon insolence sous des airs d’humour et d’innocence. Mais j’avais beau affubler ma grand-mère d’un surnom de paysanne, elle restait Reine Mère. Chaque matin, prenant ma place dans la cohorte de ses petits-enfants, j’assistai à son lever comme à celui du Roi Soleil. Dans sa chambre du Ceinturon, la même obéissance, la même ostentation, la même présence attentive et tremblante animaient l’escouade de petits descendants que nous formions, une dizaine de petits-enfants nés de ses fils et filles conçus de ce qu’elle nommait ses « lits » différents.

Cinq enfants, onze petits-enfants et autant d’arrières-petits-enfants qu’elle avait pu connaître ont emprunté son sillage au sein de toutes ses maisons. Les Maurettes, le Dancing de la Marquise qui porta son surnom, Le Ceinturon et Le néo-Ceinturon vaillamment reconstruit sur les ruines de la guerre qui sont symboles du courage et de l’ardeur indomptée de ma grand-mère, comme de la dévotion des hommes qui l’ont aimée.

Chacune de ses maisons est un patrimoine de mémoire. Ces établissements du passé ont porté un éclat de son âme. Albertine a accueilli la joie et célébré une vie aux couleurs rubicondes : rouge comme l’incandescence. Son rouge a jadis allumé ma rébellion, mais ma colère s’est assoupie dans les bleus du soir.

Autrefois dépendance du Ceinturon, l’une de ses plus humbles demeures est ce cabanon qui est devenu mien.

Une maison chère à mon cœur où l’eau coule comme les mots.

Ma maison rime avec le souvenir.

CHANTIER DE CRÉATION ÉPISODE 6 - LA SIRENE

Extraits

Avez-vous déjà entendu le chant de la sirène sur ce rivage dont les flots baignent le levant ?

Toute vie rencontre un jour sa sirène. Je porte le chant de la tentation, le chant du désir, du plaisir et de la joie. Ici, j’étale mes longs cheveux dans la blondeur des clairs de lune, la baie est si calme que je peux me mirer dans la limpidité de son miroir étal ; les plus anciens souvenirs semblent suspendus et contenus dans ses eaux. Le jour, je me cache dans les hanches des femmes en bikini. J’épouse leurs paréos et leurs lunettes noires. J’aime me fondre aux ombres estivales de ce village, aussi discrète et omniprésente qu’une Figure emblématique du quotidien. Ainsi vient-on à moi avec le sourire, me croyant inoffensive et ordinaire, pour ainsi dire désarmée.  Sur la Place du village, je suis même devenue enseigne et effigie. La Sirène. Symbole des beautés mythiques de la vie marine, je trône grandeur nature sur la devanture de ce boulanger – pâtissier – glacier qui, grâce à moi, a donné son patronyme à la place principale, entrant ainsi majestueusement dans l’histoire de son propre bassin de vie. Esquissée en vitraux colorés, je surgis sur la façade avant de plonger, mosaïque de marbre, sous les pas des clients. Mon chant se mêle au roulis des chariots de baguettes, aux voix sucrées des serveuses, au claquement de porte des fours, au son mat de la pâte qu’on abat avant de pétrir. J’embaume les brioches, le pain chaud et l’effluve fruitée des pâtisseries.

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